Rafiy Smith OKEFOLAHA voyage beaucoup, peint ce qu’il voit et le filtre avec une sensibilité à fleur de peau. Sa soif d'explorer l'invisible qu'il laisse entrevoir dans ses tableaux,  nous  touche et donne envie de le suivre dans son éternelle quête.

La toile est son écran, l’espace où il projette son vécu et son imaginaire. Quelquefois il saisit des instants, des instants heureux où il se sent en communion avec ce qui l’entoure, lui-même et le monde; d’autres fois, il entrevoit une harmonie des objets ou des circonstances qu’il aimerait prolonger. Un frisson intérieur, une sorte d’« intranquillité » le traverse; alors, il lance des traits, il trace des lignes… et il devient par moment l’instrument qui devine les réponses que la toile propose.

Elle est nue la toile. Il l’habille pour séduire l’infini. L’œil est amené alors à voir ce qu’il propose : un monde fantastique peuplé de créatures en souffrance. Parfois, que des têtes, le plus souvent au regard aveugle, planent dans les cités pour rappeler le danger de ne laisser la parole qu’à la raison trop souvent destructrice et oublier qu’il y a un autre langage, celui du corps, une autre voix, celle du cœur

La toile lui suggère des trajets et il les suit; ainsi apprivoisée, elle se prête aux mouvements de son pinceau; imperceptiblement, la tache se fait, s’étend, gagne en profondeur et en intensité. Les symboles et les signes qui parsèment ses toiles jaillissent des souvenirs et des pensées. Transposés et transfigurés, ceux-ci racontent une histoire qu’il laisse aller au fil de son imaginaire.

Il enduit par endroits la toile de rouille, c’est le temps qu’il ’imagine ainsi, non seulement le temps vécu, mais le temps comme entité omniprésente. Empreintes de rouille, empreintes du vécu, empreintes de vie.

Sur ses toiles, il laisse ou  efface, par des couleurs délavées, les traces d’une route. Ces couleurs s’estompent, perlent tout au long de la toile comme autant de réponses et d’interrogations qu’il trouve sur ce chemin sinueux qui se poursuit à l’infini. Nomade ou sédentaire, l'artiste évoque dans ses oeuvres son monde intérieur confronté au monde extérieur filtré par sa sensibilité. Puis, l’instinct prend place.

Envoûté par ce mouvement qui le libère, il mesure son temps en ces instants volés au néant, aux captures furtives que son geste réussit à fixer parfois avec grâce. Il capte la souffrance et le bonheur d’être de passage dans ce lieu étrange et beau qu’est l'univers.

Son pinceau est bien sûr son arme ; mais sa main caresse aussi amoureusement la toile; parfois il sculpte, il creuse, il racle cette matière pour amener des formes à la vie, pour mieux accorder son œil à l’invisible. Ses toiles sont empreintes des silences et des cris que sa pensée sublime, que ses gestes façonnent. Il ne se revendique ni apôtre pour une cause ni prophète des nouveaux mondes; il suit  l’élan vers l’inconnu et il bouillonne.

 

Fabiola BADOI

Fabiola BADOI, Roumaine, vit maintenant entre Paris et Cotonou. Elle écrit parfois sur l’art contemporain ou le fixe sur une photo. Après un premier voyage au Bénin en 2007, avec une agence de tourisme solidaire, elle crée l'année suivante, l’Association Cigogne -un regard sur l’Afrique- qui propose des excursions non touristiques dans ce pays. De ces voyages culturels à la découverte de l’art contemporain et des artistes béninois dans leurs ateliers, aux missions d’aide au développement, ou de la création d’une résidence d’artistes à Porto Novo, capitale du Bénin, des projets l’animent, des rencontres donnent un sens à sa vie.

 

 

artiste : Rafiy Smith OKEFOLAHAN (Bénin)

titre : Cri et chuchotements (triptyque)

année : 2009

technique mixte, acrylique, pastel à huile gras, rouille

dimensions : 70cm x 150cm

 

 

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