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Si
le rire est le propre de l’homme, Dieu peut-il rire? Et si Jésus
a ri, pendant sa vie, que faut-il en déduire par rapport à sa
divinité?
Le
récit est constitué d’une vingtaine de rouleaux sur papyrus
trouvés à Poitiers et rédigés par Aran, un riche commerçant
qui y parle de Jésus, son ami d’enfance. Il y relate des épisodes
connus de sa vie publique (les noces de Cana, la lapidation de
la femme adultère, la résurrection de Lazare, l’entrée
triomphale de Jésus à Jérusalem lors du dimanche des Rameaux,
son calvaire, sa résurrection, etc.) ainsi que des épisodes de
son enfance et de son adolescence à Nazareth. Ces derniers sont
forcément fictifs, puisque l’Histoire est quasi muette là-dessus,
mais ils ne sont pas gratuits dans la mesure où ils préfigurent
souvent le destin de Jésus.
Aran
fait aussi part de ses doutes. Qui est véritablement Jésus?
Faut-il voir en lui un blasphémateur, comme les Pharisiens, un
fomenteur de troubles, comme les Romains,
un imposteur et un fumiste, comme les sceptiques, ou
encore un simple fou? La résurrection de Lazare l’ébranle,
puis celle de Jésus lui-même dont il ne sait s’il s’agit
d’une rumeur ou de la vérité. Comment expliquer qu’après
sa mort, Jésus continue de susciter des passions et de faire
des adeptes qu’on appelle chrétiens? Que Paul de Tarse,
foudroyé par une révélation sur le chemin de Damas, soit
devenu un fervent prêcheur de la «bonne nouvelle»?
Un
récit vivant mais redondant
Le
récit d’Aran recrée avec bonheur l’époque de Jésus, une
époque trouble, dominée par les Romains auxquels s’opposent
des groupes de rebelles. Le tableau est vivant avec ses routes
poussiéreuses, ses petites auberges et son marchand d’oiseaux
ambulant. Jésus, très incarné, y apparaît avant tout comme
un être humain qui aime la danse et les gâteaux au miel, qui
est capable de colères et de rires.
Le
récit s’embourbe cependant dans de très nombreuses répétitions
qui deviennent lassantes à la longue. Le prologue nous prévient
que les rouleaux sont numérotés, mais qu’ils ne respectent
«aucune chronologie normale» (p. 9), ce qui peut expliquer ces
répétitions mais aucunement les justifier. Le narrateur, par
exemple, répète ad nauseam qu’il aime Jésus et
qu’il souffre de la lâcheté dont il a fait preuve en
refusant de tout abandonner pour le suivre et surtout en ne
l’aidant pas lors de son procès. Mais marteler une émotion
ne la fait pas ressentir au
lecteur et je n’ai vibré ni aux joies ni aux tourments du
narrateur. L’écriture, par ailleurs, m’a souvent agacée.
Son caractère elliptique et syncopé ne justifie pas le relâchement
de la syntaxe. Une révision linguistique rigoureuse se serait
imposée. Dans la mesure où le récit ne respecte pas l’ordre
chronologique, il aurait été, entre autres, particulièrement
important de soigner la concordance des temps et d’utiliser
les adverbes de temps d’une manière adéquate.
Josée
Bonneville
  
Claude Jasmin, Le rire de Jésus, Saint-Sauveur, éd. Marcel Broquet, coll. «La mandragore», 2009, 264 p., 27,95$.
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