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Article paru dans le numéro 136, hiver 2009, de la revue Lettres québécoises (pages 18-19).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jésus en son temps

Si le rire est le propre de l’homme, Dieu peut-il rire? Et si Jésus a ri, pendant sa vie, que faut-il en déduire par rapport à sa divinité?

Le récit est constitué d’une vingtaine de rouleaux sur papyrus trouvés à Poitiers et rédigés par Aran, un riche commerçant qui y parle de Jésus, son ami d’enfance. Il y relate des épisodes connus de sa vie publique (les noces de Cana, la lapidation de la femme adultère, la résurrection de Lazare, l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem lors du dimanche des Rameaux, son calvaire, sa résurrection, etc.) ainsi que des épisodes de son enfance et de son adolescence à Nazareth. Ces derniers sont forcément fictifs, puisque l’Histoire est quasi muette là-dessus, mais ils ne sont pas gratuits dans la mesure où ils préfigurent souvent le destin de Jésus.

Aran fait aussi part de ses doutes. Qui est véritablement Jésus? Faut-il voir en lui un blasphémateur, comme les Pharisiens, un fomenteur de troubles, comme les Romains,  un imposteur et un fumiste, comme les sceptiques, ou encore un simple fou? La résurrection de Lazare l’ébranle, puis celle de Jésus lui-même dont il ne sait s’il s’agit d’une rumeur ou de la vérité. Comment expliquer qu’après sa mort, Jésus continue de susciter des passions et de faire des adeptes qu’on appelle chrétiens? Que Paul de Tarse, foudroyé par une révélation sur le chemin de Damas, soit devenu un fervent prêcheur de la «bonne nouvelle»?

Un récit vivant mais redondant

Le récit d’Aran recrée avec bonheur l’époque de Jésus, une époque trouble, dominée par les Romains auxquels s’opposent des groupes de rebelles. Le tableau est vivant avec ses routes poussiéreuses, ses petites auberges et son marchand d’oiseaux ambulant. Jésus, très incarné, y apparaît avant tout comme un être humain qui aime la danse et les gâteaux au miel, qui est capable de colères et de rires.

Le récit s’embourbe cependant dans de très nombreuses répétitions qui deviennent lassantes à la longue. Le prologue nous prévient que les rouleaux sont numérotés, mais qu’ils ne respectent «aucune chronologie normale» (p. 9), ce qui peut expliquer ces répétitions mais aucunement les justifier. Le narrateur, par exemple, répète ad nauseam qu’il aime Jésus et qu’il souffre de la lâcheté dont il a fait preuve en refusant de tout abandonner pour le suivre et surtout en ne l’aidant pas lors de son procès. Mais marteler une émotion ne la fait pas ressentir  au lecteur et je n’ai vibré ni aux joies ni aux tourments du narrateur. L’écriture, par ailleurs, m’a souvent agacée. Son caractère elliptique et syncopé ne justifie pas le relâchement de la syntaxe. Une révision linguistique rigoureuse se serait imposée. Dans la mesure où le récit ne respecte pas l’ordre chronologique, il aurait été, entre autres, particulièrement important de soigner la concordance des temps et d’utiliser les adverbes de temps d’une manière adéquate.

 

Josée Bonneville

Claude Jasmin, Le rire de Jésus, Saint-Sauveur, éd. Marcel Broquet, coll. «La mandragore», 2009, 264 p., 27,95$.

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