|
Plus que douze portraits
d'hurluberlus qui ont réellement existé et qui font rire, Originaux
et détraqués est un hymne à la singularité. C'est le portait de
poètes soit naïf, comme ce Marcel Aubin qui ne parlait qu'avec des
rimettes, soit grandiloquents comme ce Grosperrin, un homme débarqué du
vieux continent et qui ne se reconnaissait qu'un seul rival (et encore
bien inférieur) : «On parle beaucoup de Victor Hugo, disait-il. Pardi,
c'est pas difficile de se faire un nom quand on a ses avantages. Il sait
l'orthographe, lui. Il peut écrire ses vers lui-même. C'est sa
supériorité sur moi.» On retrouve encore en ces pages des portraits de
petits crosseurs, d'un bedeau malicieux et de quelques sympathiques
clochards, mais, surtout, on y trouve l'histoire de Grelot : un «jeune
homme de bonne mine et de moyens» qui voit «tout s'écrouler autour de
lui» après avoir prononcé bien innocemment le mot qui deviendra son
sobriquet et le détraquera. Qu'il suffise de dire qu'en son temps, le
conseil de ville vota un règlement mettant à l'amende quiconque
prononcerait le mot «Grelot» et, qu'en guise de parade, les cochers de
la ville se plaçaient des deux côtés de la rue, un côté criant «Gre»
et l'autre «lot!», et le lecteur aura une idée des proportions que le
délire a pris.
|