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Marie Blanc - Jacques Folch-Ribas - 1994

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Boston a certes connu les Vanderbilt, mais aussi bien d'autres magnats, d'autres Bostonnais de vieille souche. Les Father, par exemple. Au tournant du siècle dernier, le troisième gestionnaire de la dynastie, William Eli Father, un Loup fait à l'image de son grand-père, une bête de travail, un vorace homme d'affaires qui ne trouvait réconfort que dans la fréquentation de la nature, est un jour tombé en arrêt devant la gouvernante de sang nègre, Marie Blanc. Que s'est-il passé pour que le magnat lui fasse construire en secret une somptueuse demeure au pied du lac Témiscouata? Nul ne le sait, mais chacun y va de son petit bout d'explication, intéressé ou non.

— Que vas-tu insinuer comme connerie, dirait sans doute William Eli. «Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, pourquoi voudrais-tu que je sois comme eux, séduit, amoureux, effrayé?»


l'île
wikipédia
Académie des lettres du Québec

À notre avis :

Court roman de vingt-six chapitres polyphoniques où l'auteur s'amuse à mêler narrateur omniscient et narrateur-témoin (pour faire simple, il fait alterner le «il» à un «je» qui se raconte à un autre, invisible). La plume a ce charme délicieux que l'on confère à la désuétude; je ne parle pas de l'auteur en tant que tel, il faut plutôt y voir une forme de pastiche du style pratiqué à l'époque (le frère de William Eli, John Jeremy, m'a tout le temps fait penser à une version hétérosexuelle d'Oscar Wilde, cité en exergue du roman). C'est la première oeuvre de monsieur Folch-Ribas qui est portée à ma connaissance. Pourtant, je suis convaincu que, malgré sa splendeur, on doit qualifier cette oeuvre de mineure. L'auteur déploie des moyens considérables pour une oeuvre qui tient plus de la légende que d'une grande histoire (précisons les faits : un magnat bostonnais a vraiment fait construire une résidence près du lac Témiscouata pour une femme d'origine martiniquaise nommée Marie Blanc – que les gens de la place ont surnommée La dame du lac – qui a vraiment existé et tout. La femme de l'entrepreneur a fait cesser ce qui se passait entre celui-ci et Marie Blanc, et cette dernière n'a plus jamais bougé de Gray Lodge, ladite demeure du lac Témiscouata). On note : «William Eli est un homme baigné de certitudes, voyez-vous? Il ne croit même pas qu'il a raison, il a tout simplement raison.», «— J'ignore, dit William Eli, de quoi tu parles. Désir, ivresse, ce sont des mots de pauvre, et d'ivrogne. Je suis riche et je ne bois pas.» et «Et à une jeune fille, Dieu du Ciel, cette engeance qui ne sait rien et rêve de domination!»

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