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Court roman de vingt-six
chapitres polyphoniques où l'auteur s'amuse à mêler narrateur
omniscient et narrateur-témoin (pour faire simple, il fait alterner
le «il» à un «je» qui se raconte à un autre, invisible). La
plume a ce charme délicieux que l'on confère à la désuétude; je
ne parle pas de l'auteur en tant que tel, il faut plutôt y voir une
forme de pastiche du style pratiqué à l'époque (le frère de
William Eli, John Jeremy, m'a tout le temps fait penser à une
version hétérosexuelle d'Oscar Wilde, cité en exergue du roman).
C'est la première oeuvre de monsieur Folch-Ribas qui est portée à
ma connaissance. Pourtant, je suis convaincu que, malgré sa
splendeur, on doit qualifier cette oeuvre de mineure. L'auteur
déploie des moyens considérables pour une oeuvre qui tient plus de
la légende que d'une grande histoire (précisons les faits : un
magnat bostonnais a vraiment fait construire une résidence près du
lac Témiscouata pour une femme d'origine martiniquaise nommée
Marie Blanc – que les gens de la place ont surnommée La dame du
lac – qui a vraiment existé et tout. La femme de l'entrepreneur a
fait cesser ce qui se passait entre celui-ci et Marie Blanc, et
cette dernière n'a plus jamais bougé de Gray Lodge, ladite demeure
du lac Témiscouata). On note : «William Eli est un homme baigné
de certitudes, voyez-vous? Il ne croit même pas qu'il a raison, il
a tout simplement raison.», «— J'ignore, dit William Eli, de
quoi tu parles. Désir, ivresse, ce sont des mots de pauvre, et
d'ivrogne. Je suis riche et je ne bois pas.» et «Et à une jeune
fille, Dieu du Ciel, cette engeance qui ne sait rien et rêve de
domination!»
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