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Comment
les histoires naissent-elles dans la tête des auteurs, comment
fictionnent-ils le réel? Pourquoi écrivent-ils? On s'est tous
déjà posé la question, mais cela méritait-il une réponse
pour autant?
Enfant,
je me demandais toujours si le clignotant se dé-clignotait tout
seul quand la voiture prenait le virage ou si, en tournant le
volant, le conducteur le dé-clignotait d'un mouvement qui m'était
imperceptible. J'ai longtemps refusé d'analyser plus avant le
phénomène. À l'époque, je n'avais pas peur de monter dans une voiture,
car l'aventure avait quelque chose de magique; il y avait dans
la voiture ce je-ne-sais-quoi de ouaté qui me disait que tout
se passerait comme dans une belle histoire. Aujourd'hui, c'est
le réel qui s'enfonce dans la fiction. À
son
détriment, me semble-t-il.
Vrai
ou faux?
Qu'est-ce
qui est vrai? Comment l'auteure est-elle devenue ce qu'elle est
devenue? Qu'est-ce qui l'anime? Ce sont là les questions de la
consécration... Or, je n'avais jamais lu Francine D'Amour
avant. Il est certains livres qu'il faudrait orner d'un
avertissement : « Le lecteur doit être familier de
l'oeuvre pour être complice du texte. » Je me suis
retrouvé devant un ouvrage dégoulinant de sens où surgissent
quelques courtes nouvelles biens ciselées, mâtinées d'un léger
détachement ironique. Des histoires qu'apprécieront
probablement ceux qui ne s'empatouilleront pas dans les préambules
et les apostilles qui accompagnent ces récits. C'est que toutes
ces histoires sont littéralement encadrées par des notes de l'auteure,
qui situent les récits par rapport au réel et, ce faisant,
leur enlèvent tout intérêt.
Le
personnage qui la représente fume, aime les chats, craint
notamment les chiens, est oublieuse de ses sacs à main et
autres parapluies, etc. ; comme Francine D'Amour, précisera-t-elle...
ou non. Ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est l'intrusion
du réel dans la fiction, dans toutes les fictions. Ainsi, cette
narratrice ou personnage central qu'on reconnaît de nouvelle en
nouvelle à cause de ses tics et de ses peurs presque dignes de
Woody Allen. Sans attaches au réel, le procédé aurait pu ne
pas être agaçant, mais avec celles-ci le lecteur que je suis a
eu l'impression d'être pris pour un demeuré. Oui, Mme D'Amour,
on vous a reconnue. C'est d'ailleurs ça, le principal problème
de votre ouvrage.
Au moins,
quand son dernier « roman » (c'était écrit comme
ça sur la jaquette) est sorti, Marie-Sissi Labrèche répétait
à qui mieux mieux que, maintenant, elle écrivait de la fiction
et de l'autobiographie. Dans le site des éditions du Boréal,
c'est d'ailleurs écrit « Romans et récits ». Sur
la page Internet du livre de Mme D'Amour, comme sur le livre
lui-même, ne figure que « Nouvelles ». Imposture.
La période
où j'ai commencé à craindre la voiture coïncide plus ou
moins avec l'époque où j'ai percé le secret du clignotant,
percé la magie de la voiture. Ici, si le procédé fiction-réel
peut amuser pendant une ou deux nouvelles, le réel prend tôt
sur lui de tuer tous les plaisirs que procure la fiction.
Sébastien
Lavoie

Francine
D'Amour, Pour de
vrai, pour de faux, Montréal, Boréal, 2009, 187 p., 22,50 $.
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