Les classiques à lire. Les livres et les auteurs qui deviennent des incontournables!

Accueil

Résumés

Prix

Autre

Contact

   

Répertoire

Par époque

Liens

Publicité

Suggérez

Imprimer


Précédent

 

Suivant

Article paru dans le numéro 137, printemps 2010, de la revue Lettres québécoises (page 36).

 

 

 

 

 

 

 

 

In fiction veritas

Comment les histoires naissent-elles dans la tête des auteurs, comment fictionnent-ils le réel? Pourquoi écrivent-ils? On s'est tous déjà posé la question, mais cela méritait-il une réponse pour autant?

Enfant, je me demandais toujours si le clignotant se dé-clignotait tout seul quand la voiture prenait le virage ou si, en tournant le volant, le conducteur le dé-clignotait d'un mouvement qui m'était imperceptible. J'ai longtemps refusé d'analyser plus avant le phénomène. À l'époque, je n'avais pas peur de monter dans une voiture, car l'aventure avait quelque chose de magique; il y avait dans la voiture ce je-ne-sais-quoi de ouaté qui me disait que tout se passerait comme dans une belle histoire. Aujourd'hui, c'est le réel qui s'enfonce dans la fiction. À son détriment, me semble-t-il.

Vrai ou faux?

Qu'est-ce qui est vrai? Comment l'auteure est-elle devenue ce qu'elle est devenue? Qu'est-ce qui l'anime? Ce sont là les questions de la consécration... Or, je n'avais jamais lu Francine D'Amour avant. Il est certains livres qu'il faudrait orner d'un avertissement : « Le lecteur doit être familier de l'oeuvre pour être complice du texte. » Je me suis retrouvé devant un ouvrage dégoulinant de sens où surgissent quelques courtes nouvelles biens ciselées, mâtinées d'un léger détachement ironique. Des histoires qu'apprécieront probablement ceux qui ne s'empatouilleront pas dans les préambules et les apostilles qui accompagnent ces récits. C'est que toutes ces histoires sont littéralement encadrées par des notes de l'auteure, qui situent les récits par rapport au réel et, ce faisant, leur enlèvent tout intérêt.

Le personnage qui la représente fume, aime les chats, craint notamment les chiens, est oublieuse de ses sacs à main et autres parapluies, etc. ; comme Francine D'Amour, précisera-t-elle... ou non. Ce n'est pas important. Ce qui compte, c'est l'intrusion du réel dans la fiction, dans toutes les fictions. Ainsi, cette narratrice ou personnage central qu'on reconnaît de nouvelle en nouvelle à cause de ses tics et de ses peurs presque dignes de Woody Allen. Sans attaches au réel, le procédé aurait pu ne pas être agaçant, mais avec celles-ci le lecteur que je suis a eu l'impression d'être pris pour un demeuré. Oui, Mme D'Amour, on vous a reconnue. C'est d'ailleurs ça, le principal problème de votre ouvrage.

Au moins, quand son dernier « roman » (c'était écrit comme ça sur la jaquette) est sorti, Marie-Sissi Labrèche répétait à qui mieux mieux que, maintenant, elle écrivait de la fiction et de l'autobiographie. Dans le site des éditions du Boréal, c'est d'ailleurs écrit « Romans et récits ». Sur la page Internet du livre de Mme D'Amour, comme sur le livre lui-même, ne figure que « Nouvelles ». Imposture.

La période où j'ai commencé à craindre la voiture coïncide plus ou moins avec l'époque où j'ai percé le secret du clignotant, percé la magie de la voiture. Ici, si le procédé fiction-réel peut amuser pendant une ou deux nouvelles, le réel prend tôt sur lui de tuer tous les plaisirs que procure la fiction.

 

Sébastien Lavoie

Francine D'Amour, Pour de vrai, pour de faux, Montréal, Boréal, 2009, 187 p., 22,50 $.

À votre avis :

Cliquez ici pour faire parvenir votre commentaire

Tous droits réservés © 2003 - 2010 IndexQuébec Inc.