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tiré de http://chble.jecris.ca/
àproposdemalangue.
22.03.2007
// 16:01
L’auteur du site lire.ca
y va à son tour de sa critique
de mon livre, critique qui est, somme toute, juste et
généreuse (avec quelques rafraîchissantes formules, comme
celle-ci, trash lyrique, pour qualifier mon recueil), je
le souligne tout de suite pour éviter le crêpage de chignon.
Merci, donc.
Monsieur Lavoie n’est
pas le premier à remarquer le niveau de langage parfois élevé
des Perruches, les structures travaillées, le choix de
certains mots tirés du répertoire français plutôt que du
registre familier québécois. Lui, comme quelques autres, ça l’a
un peu dérangé. Bien. Je me suis dit que ce serait l’occasion,
pour la ixième fois, d’exposer mon point de vue sur la
question.
Cette utilisation d’un
vocabulaire volontairement riche apparaît ainsi à certains comme
un «complexe d’infériorité». Là où on peut parler
alternativement d’enfants, de mômes, de marmaille, de gamins,
de mouflets, de marmots, etc., il faudrait systématiquement leur
préférer les flos et les ti-culs, parce que voilà de jolis
québécismes ? Je ne suis pas d’accord. Enfin, partiellement
seulement. Voilà : pourquoi absolument vouloir choisir un niveau
au détriment de l’autre, pourquoi les inscrire l’un contre l’autre
s’ils font tous les deux partie de l’espace du langage,
pourquoi élire l’un et de ce fait réduire notre paysage
lexical ? C’est fascisant comme attitude, parfaitement vain, et
ça relève justement beaucoup plus du complexe d’infériorité
(arrogance) que l’effort plus littéraire d’amalgamer
harmonieusement les différents registres (car la réalité du
langage dépasse de beaucoup celle du Québec). Vous avez lu le
recueil, vous ferez vous-même la part des choses en effectuant le
calcul : flos et mouflets s’y retrouvent chacun une fois, sur un
pied d’égalité.
Ensuite, il faut garder en
tête que l’écriture, ce n’est pas exactement comme «quand
vous parlez à vos amis». Je m’étonne d’avoir à le
préciser. Matthieu Simard, peut-être, écrit de la sorte, mais
ce serait tenter bizarrement de disqualifier ici une tradition d’exigence
associée à l’art en général : celle de s’élever justement
et de reformuler le monde avec un axe, une voix, une vision. L’effort
et la prétention littéraire (car il y en a à vouloir être
publié) relèvent chez moi d’un rapport particulier au langage,
d’une volonté d’objectiver l’écriture et d’en faire à
la fois le véhicule et le personnage des récits, de lui donner
une part marquée afin qu’il soit remarqué. Et, visiblement, je
m’en réjouis, ça fonctionne à merveille.
Je vous serre
affectueusement la main.
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