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Cette
jeunesse trop fougueuse
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J'ai toujours eu l'impression que l'écriture
était un métier où il fait bon vieillir et, régulièrement,
des livres comme celui-ci me rappellent qu'il faut à l'écrivant
un minimum de maturité.
Partir,
c'est tuer irrémédiablement l'être que l'on est pour
emprunter des habits qui seront désormais imposés par les
autres. On peut s'imaginer pouvoir en revenir, retourner vers
ceux qu'on a connus ou aimés, plus sage et plus riche des
enseignements de la terre d'exil... (« Pourquoi
non? ») Remarquez bien que l'exil peut très bien être
intérieur; on peut imaginer un homme s'appliquant « à ne
devenir "personne", se rendant ainsi insaisissable »
(p. 28). Peut-être, mais ce sont des plans pour devenir fou et
aller finir sa vie en enroulant son abondante chevelure autour
de la branche d'un arbre en « en deven[ant] l'étrange
fruit » (p. 39, « Interstice »).
Certains
n'émigrent que pour accompagner leur conjoint et se retrouvent
seuls dans un environnement qui ne leur est absolument pas
familier, où ils ne se sentent bien que dans leur chambre,
repliés sur cette couverture de lit qu'ils traînent depuis
longtemps, depuis leur pays d'origine, en fait. Ces gens-là, déracinés
et délaissés, sont la proie idéale pour des intrigantes
musulmanes qui ont un prénom comme Nabila, et ils ont tout le
temps du monde pour s'imaginer, à tort ou à raison, que leurs
conjoints folâtrent avec quelque séductrice (« Termites »).
Onze
nouvelles d'un bonheur très inégal attendent le lecteur.
Personnellement, j'ai passé malgré moi plus de temps à
regarder le plafond qu'à lire ces très longs paragraphes trop
touffus où l'auteur ignore remarquablement la première règle
de la nouvelle, celle de la concision. J'ai parfois été touché
par quelques histoires, comme celle, tout en nuances, de cet
Asiatique à peine capable de passer sa commande au fast
food et obligé de se
laisser humilier par une arrogante caissière pour obtenir un
jouet promotionnel (« Deux cercles »).
DES
HISTOIRES MANICHÉENNES
Pourtant,
là comme ailleurs, l'auteur use de manichéisme afin de tendre
ses ressorts dramatiques. Si plusieurs critiques ont noté
une maturité dans le propos de ce jeune auteur, c'est qu'ils
ont confondu la maturité avec la gravité du propos et de son
ton, nécessairement à l’avenant. Plutôt que d'encenser avec
condescendance cet auteur qui a tout le potentiel pour devenir
écrivain, dénonçons plutôt ces trop fréquents relents
d'adolescence qui perlent au détour de plusieurs histoires :
On dit que Dieu a créé l'Homme à son image, parce qu'il
lui a donné la possibilité de « choisir » son
destin. Dans ce cas, cela ne s'applique qu'à certains hommes.
Les autres, la grande majorité, s'efforcent simplement d'être
à l'image des premiers, et ils n'ont pas d'autre choix. Se
conformer ou mourir. Allons-y donc! Construisons des
gratte-ciel! Mangeons des Corn flakes! (p. 41)
L’auteur
sait forger une phrase, mais j'ai tout de même trouvé le style
un peu pompier : « L’habitude est comme un sac de
glace, elle apaise en sectionnant les nerfs qui attachent à la
vie. Et je suis totalement habitué. » (p. 72)
Sébastien
Lavoie

Ryad Assani-Razaki, Deux cercles, Montréal,VLB éditeur, 2009,
239 p., 24,95 $.
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