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Article paru dans le numéro 137, printemps 2010, de la revue Lettres québécoises (pages 35-36).

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette jeunesse trop fougueuse

J'ai toujours eu l'impression que l'écriture était un métier où il fait bon vieillir et, régulièrement, des livres comme celui-ci me rappellent qu'il faut à l'écrivant un minimum de maturité.

Partir, c'est tuer irrémédiablement l'être que l'on est pour emprunter des habits qui seront désormais imposés par les autres. On peut s'imaginer pouvoir en revenir, retourner vers ceux qu'on a connus ou aimés, plus sage et plus riche des enseignements de la terre d'exil... (« Pourquoi non? ») Remarquez bien que l'exil peut très bien être intérieur; on peut imaginer un homme s'appliquant « à ne devenir "personne", se rendant ainsi insaisissable » (p. 28). Peut-être, mais ce sont des plans pour devenir fou et aller finir sa vie en enroulant son abondante chevelure autour de la branche d'un arbre en « en deven[ant] l'étrange fruit » (p. 39, « Interstice »).  

Certains n'émigrent que pour accompagner leur conjoint et se retrouvent seuls dans un environnement qui ne leur est absolument pas familier, où ils ne se sentent bien que dans leur chambre, repliés sur cette couverture de lit qu'ils traînent depuis longtemps, depuis leur pays d'origine, en fait. Ces gens-là, déracinés et délaissés, sont la proie idéale pour des intrigantes musulmanes qui ont un prénom comme Nabila, et ils ont tout le temps du monde pour s'imaginer, à tort ou à raison, que leurs conjoints folâtrent avec quelque séductrice (« Termites »).

Onze nouvelles d'un bonheur très inégal attendent le lecteur. Personnellement, j'ai passé malgré moi plus de temps à regarder le plafond qu'à lire ces très longs paragraphes trop touffus où l'auteur ignore remarquablement la première règle de la nouvelle, celle de la concision. J'ai parfois été touché par quelques histoires, comme celle, tout en nuances, de cet Asiatique à peine capable de passer sa commande au fast food et obligé de se laisser humilier par une arrogante caissière pour obtenir un jouet promotionnel (« Deux cercles »).

DES HISTOIRES MANICHÉENNES

Pourtant, là comme ailleurs, l'auteur use de manichéisme afin de tendre ses ressorts dramatiques. Si plusieurs critiques ont noté une maturité dans le propos de ce jeune auteur, c'est qu'ils ont confondu la maturité avec la gravité du propos et de son ton, nécessairement à l’avenant. Plutôt que d'encenser avec condescendance cet auteur qui a tout le potentiel pour devenir écrivain, dénonçons plutôt ces trop fréquents relents d'adolescence qui perlent au détour de plusieurs histoires :

On dit que Dieu a créé l'Homme à son image, parce qu'il lui a donné la possibilité de « choisir » son destin. Dans ce cas, cela ne s'applique qu'à certains hommes. Les autres, la grande majorité, s'efforcent simplement d'être à l'image des premiers, et ils n'ont pas d'autre choix. Se conformer ou mourir. Allons-y donc! Construisons des gratte-ciel! Mangeons des Corn flakes! (p. 41)

L’auteur sait forger une phrase, mais j'ai tout de même trouvé le style un peu pompier : « L’habitude est comme un sac de glace, elle apaise en sectionnant les nerfs qui attachent à la vie. Et je suis totalement habitué. » (p. 72)

 

Sébastien Lavoie

Ryad Assani-Razaki, Deux cercles, Montréal,VLB éditeur, 2009, 239 p., 24,95 $.

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