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Article paru dans le numéro 136, hiver 2009, de la revue Lettres québécoises (page 18).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une indignité assumée

Les chroniques… est un livre délicieusement irrévérencieux à mettre entre les mains de tous les parents au bord de la crise de nerfs.

Le succès des chroniques ne s’est pas démenti depuis que Caroline Allard a commencé à les écrire sur son blogue en mars 2006. Deux tomes ont été publiés à ce jour. Le premier, paru en 2007, a remporté le Grand Prix littéraire Archambault 2008 et le second, paru en 2009, s’était déjà vendu à plus de 25 000 exemplaires quelques mois seulement après sa parution. Le 9 mars 2009, de plus, Radio-Canada inaugurait une websérie adaptée des chroniques et mettant en vedette Marie-Hélène Thibault[1].

Les chroniques du deuxième tome ne sont pas classées selon l’ordre chronologique propre à un blogue; elles sont  regroupées en fonction d’un personnage (la narratrice, Mère indigne; ses deux filles, Bébé, puis Fille aînée; sa sœur, Sœur indigne; ses amis) ou d’un thème (le corps et le sexe). Certaines ont été radiodiffusées et d’autres sont inédites.

À l’instar du populaire sitcom américain, Seinfeld, réalisé «about nothing», Caroline Allard raconte les petits riens qui constituent «le quotidien qui tue» (p. 17) d’une mère de famille. Ceux qui ont (ou ont eu) des enfants en bas âge revivront le cauchemar de leur habillage en hiver, l’ennui d’avoir à leur lire 1425e fois la même histoire qu’ils redemandent, la frustration de ne pas pouvoir prendre sa douche en paix, l’embarras causé par les questions insistantes sur l’existence du père Noël, sur la signification de termes à connotation sexuelle ou sur la couleur orangée des dents du monsieur assis juste à côté dans l’autobus.

Comment vivre ses drames avec humour

Si quelques chroniques tombent à plat, la plupart font sourire et certaines sont même très drôles, car Caroline Allard ne s’en tient pas toujours à la stricte réalité; elle en accentue le plus souvent  le côté fantaisiste. Ainsi, pour montrer à quel point sa vie de mère l’a métamorphosée, elle affirme que, sans s’en rendre compte, elle a déjà fourré une suce dans la bouche d’un voisin d’avion pour le faire taire et qu’elle a, par la suite, envoyer réfléchir dans leur chambre les agents de sécurité venus l’arrêter. L’écriture est à l’avenant; vive et dynamique, elle fait appel à des métaphores loufoques et elle utilise abondamment le dialogue. Une chronique est même écrite en alexandrins.

Les chroniques ont le mérite de désamorcer les inévitables drames de la vie familiale. L’épithète du titre met de l’avant leur caractère iconoclaste et montre que Caroline Allard assume le fait de ne pas être la mère parfaite que toutes les femmes voudraient être. Elle assume son humanité, donc ses limites. Elle en rajoute même, comme en fait foi, entre autres, la scène où Mère indigne donne des bonbons à Bébé en crise, pour la faire taire, au grand dam de son amie célibataire qui s’écrie que «ça n’a aucun sens» et qu’il faut plutôt «lui apprendre à gérer ses colères» (p.187). Vraiment, Les Chroniques sont l’antithèse de tous les livres pratiques sur l’éducation des enfants. L’antithèse et… l’antidote.

 

 


[1] www.radio-canada.ca/emissions/mere_indigne

 

Josée Bonneville

Caroline Allard, Les chroniques d’une mère indigne 2, Sillery, éd. Septentrion, coll. «Hamac-Carnets», 288 p., 19,95$.

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