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Tout
comme Blanche dans Le train pour Samarcande, Victoria est
une vieille dame fort sympathique. La première adore la littérature ;
la seconde, le cinéma. Surtout les films de Charlot, le célèbre
Vagabond.
Le
roman se déroule principalement à Lyon où se rencontrent les
trois personnages principaux:Victoria, une Française de 93 ans
qui vit seule dans cette ville où, jusqu'à sa retraite, elle a
travaillé dans un atelier de tissage, Peter Kelman, son nouveau
voisin, un acteur célèbre, Montréalais d’origine écossaise,
venu tourner un film à Lyon, et Renée St-Cyr, l’assistante
du réalisateur du film, une jeune Québécoise avec qui Peter
Kelman aura bientôt une liaison.
Le
roman raconte alternativement la vie présente, à l’été
2007, et la vie passée de ces trois protagonistes, selon une
progression qui n’en dévoile les éléments essentiels que
graduellement. Il évoque aussi la ségrégation raciale aux
Etats-Unis (entre autres, l’affaire Rosa Parks) et, plus
encore, l’Holocauste et le procès de Klaus Barbie, le «boucher
de Lyon» reconnu responsable de l’arrestation de 14 311
résistants et de la déportation de 7 581 Juifs.
La
vie est-elle un film?
Mais
c’est le cinéma qui occupe la plus grande place du contexte
social du roman. Victoria et Peter se découvrent une passion
commune pour Charlie Chaplin et écoutent ses films ensemble,
tandis que Jérôme veut rendre hommage à George Cukor et à
son célèbre My fair lady. Mythomane, il fait de Renée
sa Galatée et veut que son film soit «une réécriture
futuriste, un pastiche fantaisiste et noir» (p. 31) de la légende
de Pygmalion. Mais le cinéma n’a pas qu’un intérêt
anecdotique dans le roman. Il permet à l’auteure de jouer sur
la frontière entre la fiction et la réalité et de chercher à
dépasser les apparences. Enfant, Renée a vu ses parents porter
le masque du bonheur pour lui cacher qu’ils ne s’entendaient
pas et lui faire croire qu’elle grandissait dans une famille
unie. Elle en a conservé le besoin de toujours chercher à déceler
la part de cinéma dans l’attitude des gens. Elle a
fini par se dire «que, peut-être, la vie était un film
qu’elle regardait, enfermée dehors» (p. 26). Peter, lui,
souffre de l’attitude fausse que les gens adoptent avec lui
quand ils le reconnaissent dans les lieux publics et Victoria,
de son côté, a toujours fait semblant de croire que le grand
ami de son fils, un célèbre danseur, n’était qu’un ami.
Tout
ce qui tourne autour de Charlot (sa rencontre avec Victoria, sa
ressemblance avec deux autres personnages, son importance dans
la vie de Peter et de Victoria) relève d’un hasard romanesque
à la limite de l’invraisemblance. Mais la description de scènes
clés de ses films et les commentaires sur sa vie et son œuvre
contribuent, en bonne partie, au charme du roman, l’autre
partie étant attribuable au personnage de Victoria, sympathique
et attachant jusque dans la langue savoureuse qu’elle emploie :
«J’ai un bon ami qu’est de par là… […] pour toi il
serait bath, comme disent les gones[1].
]…] Mais en même temps, ç’a déjà l’air ben compliqué
avec tes deux autres Jules!» (p.156-157). On voudrait lui faire
la bise, à c’te vieille!
Josée
Bonneville
 

Mélikah Abdelmoumen, Victoria et le Vagabond,
Montréal, Marchand de feuilles, 2008, 282 p., 23,95$.
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